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Le magazine du quotidien Samedi 6 juin 2026
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Performance énergétique des bâtiments tertiaires : décret, obligations et solutions

Par la rédaction ,
Immeuble de bureaux tertiaire avec panneaux solaires sur le toit illustrant la performance énergétique

Le décret tertiaire, officiellement appelé « décret éco énergie tertiaire » (décret n°2019-771 du 23 juillet 2019), impose aux propriétaires et exploitants de bâtiments tertiaires une réduction progressive de leur consommation énergétique finale. C'est l'un des outils réglementaires les plus ambitieux jamais mis en place en France pour décarboner l'immobilier professionnel, qui représente plus du tiers des consommations énergétiques nationales.

Les bâtiments concernés couvrent une surface totale de 940 millions de mètres carrés en France, pour des émissions équivalentes à un tiers des rejets de gaz à effet de serre du secteur du bâtiment. Les enjeux sont donc massifs, et les délais légaux commencent à approcher pour les premières échéances.

À retenir

Le décret tertiaire impose trois paliers de réduction des consommations énergétiques : -40 % d'ici 2030, -50 % d'ici 2040, et -60 % d'ici 2050, par rapport à une année de référence choisie entre 2010 et la date la plus récente disposant de données fiables. Les sanctions pour non-respect et non-déclaration sur Opérat peuvent atteindre 1 500 euros par an pour les personnes physiques et 7 500 euros pour les personnes morales.

Quels bâtiments sont concernés par le décret tertiaire

Le décret s'applique à tous les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments dont la surface de plancher totale est supérieure ou égale à 1 000 m², à usage tertiaire. Les activités tertiaires concernées incluent les bureaux, les commerces, les hôtels et établissements de restauration, les établissements d'enseignement, les hôpitaux et cliniques, les centres sportifs et de loisirs, les entrepôts et zones logistiques avec activité tertiaire.

Sont exclusus : les bâtiments de défense et de sécurité nationale, les constructions provisoires, les monuments historiques classés ou inscrits (si les travaux feraient perdre leur caractère exceptionnel), et les bâtiments dont les activités ne sont exercées que moins de 24 heures par semaine en moyenne.

SecteurConcerné ?Exemples
BureauxOuiOpen space, open space, sièges sociaux
CommerceOuiMagasins, centres commerciaux, showrooms
Hôtellerie-restaurationOuiHôtels, restaurants, fast-foods
EnseignementOuiÉcoles, universités, lycées privés
SantéOuiCliniques, cabinets médicaux, EHPAD
Monuments historiquesPartielSi travaux incompatibles avec la protection
Bâtiments militairesNonCasernes, bases militaires

La plateforme Opérat : déclaration et suivi

Opérat (Observatoire de la Performance Énergétique de la Rénovation et des Actions du Tertiaire) est la plateforme en ligne gérée par l'ADEME sur laquelle tous les assujettis doivent déclarer annuellement leurs consommations énergétiques. Elle est accessible sur operat.ademe.fr.

La première déclaration obligatoire concernait les données de l'année 2020 et devait être faite avant le 30 septembre 2022. Depuis, une déclaration annuelle est requise. La déclaration comprend les consommations d'énergie de toutes les sources (électricité, gaz, fioul, réseau de chaleur...) pour chaque bâtiment ou groupe fonctionnel.

Opérat délivre une notation éco-énergie par feuille colorée. La feuille verte (3 niveaux) récompense le dépassement des objectifs. La feuille grise sanctionne le non-respect. Cette notation est publiquement accessible, ce qui crée un levier de réputation non négligeable pour les propriétaires et exploitants.

Les quatre orientations pour atteindre les objectifs

Orientation B1 : décarboner les bâtiments existants et neufs

L'orientation B1 vise à réduire les consommations énergétiques liées aux usages thermiques (chauffage, climatisation, ECS) en remplaçant les équipements fossiles par des systèmes décarbonés : pompes à chaleur, chaudières biomasse, raccordement aux réseaux de chaleur urbains. Cette orientation produit les gains les plus importants dans les bâtiments fortement dépendants aux énergies fossiles.

Orientation B2 : rénover le parc tertiaire existant

L'isolation thermique (murs, toiture, fenêtres) reste l'action la plus efficace à long terme pour réduire les consommations, en particulier dans les bâtiments anciens. Un bâtiment bien isolé consomme 30 à 60 % d'énergie de moins pour le chauffage. La RE2020 (réglementation environnementale pour les constructions neuves) impose déjà des standards BBC (Bâtiment Basse Consommation) sur les nouvelles constructions.

Orientation B3 : performance des bâtiments neufs

Pour les constructions neuves ou les rénovations lourdes, les niveaux de performance énergétique et carbone sont de plus en plus stricts. La RE2020 impose des exigences de consommation d'énergie primaire (Ep) et d'empreinte carbone (IC) qui dépassent les niveaux RT2012. La production d'énergie renouvelable sur site est encouragée et valorisée dans les calculs.

Orientation B4 : efficacité des équipements et sobriété

L'éclairage LED, la GTB (Gestion Technique des Bâtiments) pour la régulation automatisée des équipements, la récupération de chaleur sur l'air extrait, et les actions de sobriété auprès des occupants constituent des leviers rapides à mettre en œuvre. Certaines actions ne nécessitent aucun investissement : optimisation des plages horaires de chauffage/climatisation, extinction systématique des équipements hors occupation, modération des consignes de température.

Bon à savoir

L'audit énergétique réglementaire, obligatoire pour les grandes entreprises de plus de 250 salariés ou réalisant un CA supérieur à 50 M€ (tous les 4 ans, depuis la directive européenne 2012/27/UE), est également la première étape recommandée pour tout assujetti au décret tertiaire. Cet audit identifie les postes énergivores, quantifie les économies potentielles et priorise les investissements selon leur retour sur investissement.

Comment calculer ses objectifs de réduction

Deux méthodes de fixation des objectifs sont prévues. La première est relative : l'assujetti choisit une année de référence (entre 2010 et aujourd'hui) et s'engage à réduire sa consommation de 40 %, puis 50 %, puis 60 % par rapport à cette référence. Cette méthode est favorable aux bâtiments qui ont déjà consommé beaucoup historiquement.

La seconde est absolue : des seuils de consommation maximale (en kWh d'énergie finale par m² et par an) sont définis par type d'activité. Par exemple, les bureaux standard ont un seuil de 250 kWh/m².an pour 2030, les commerces alimentaires de 550 kWh/m².an. Cette méthode peut être plus contraignante pour les bâtiments déjà relativement efficaces.

Calculez votre objectif de réduction 2030

Le décret tertiaire est un calendrier ambitieux mais atteignable avec une stratégie d'investissement bien planifiée. Les entreprises qui attendent les dernières années pour agir se retrouveront face à des travaux coûteux dans des délais contraints. Celles qui commencent dès maintenant par les actions les moins chères et les plus rapides (sobriété, réglages, LED) construisent une trajectoire de conformité sereine tout en réduisant leur facture énergétique.