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Le magazine du quotidien Lundi 15 juin 2026
Pratique

La prière pour la rupture du jeûne en Islam : que dire avant l'Iftar

Par la rédaction ,
Table d'iftar avec dattes et verre d'eau au coucher du soleil

Quand le soleil disparaît à l'horizon pendant le Ramadan, des millions de familles à travers le monde posent leurs mains sur la table et prononcent quelques mots avant de toucher à la nourriture. Ces mots, c'est la dua de l'Iftar, la supplication qui marque la rupture du jeûne. Cette prière n'est pas une formalité. Elle est le prolongement logique d'une journée entière passée à s'abstenir, à se rappeler ce que signifie avoir faim et à cultiver une gratitude qui se traduit par des mots précis.

Table d'iftar avec dattes et verre d'eau au coucher du soleil

Le texte de la dua : arabe, translittération et traduction

La dua la plus connue et la plus largement pratiquée pour la rupture du jeûne est la suivante :

اللَّهُمَّ لَكَ صُمْتُ وَبِكَ آمَنْتُ وَعَلَى رِزْقِكَ أَفْطَرْتُ

Allahumma laka sumtu wa bika aamantu wa 'ala rizqika aftartu

Traduction : « O Allah, c'est pour Toi que j'ai jeûné, c'est en Toi que je crois, et c'est sur Ton attribution que je romps le jeûne. »

Certaines versions ajoutent à la fin :

وَذَهَبَ الظَّمَأُ وَابْتَلَّتِ الْعُرُوقُ وَثَبَتَ الأَجْرُ إِنْ شَاءَ اللَّهُ

Wa dhahaba al-zama'u wa-btallatil 'urouqu wa thabata al-ajru in sha'a Allah

Traduction : « La soif s'en est allée, les veines se sont désaltérées, et la récompense est établie, si Dieu le veut. »

Cette deuxième partie est rapportée dans un hadith d'Abu Dawud et considérée comme authentique par la plupart des savants, bien que son degré d'authenticité fasse l'objet de discussions entre écoles de jurisprudence, comme nous le verrons plus bas.

Le hadith fondateur

La dua de l'Iftar repose sur un hadith rapporté par Abdullah Ibn Omar (que Dieu soit satisfait de lui et de son père), selon lequel le Prophète Mohammed (paix et bénédictions sur lui) prononçait ces paroles au moment de rompre le jeûne. Ce hadith est collecté dans le Sunan d'Abu Dawud (n°2358) et dans d'autres recueils de la Sunna.

Le fait que cette supplication soit transmise par un compagnon du Prophète et reportée dans un recueil de référence lui confère une légitimité solide. Même les savants qui discutent de son statut exact (hadith hasan ou hassan li-ghayrih) s'accordent sur le fait que le pratiquer est recommandé (mustahabb) et non simplement permis (mubah).

À savoir
La classification des hadiths en Islam va du « sahih » (authentique), au « hasan » (bon), au « da'if » (faible) jusqu'au « mawdou » (inventé). Pour les actes d'adoration non obligatoires comme les supplications, les savants s'accordent généralement à accepter les hadiths hasan pour fonder une pratique.

L'importance de commencer par une datte et de l'eau

Avant même la dua, le protocole de l'Iftar est précisément codifié par la Sunna. La tradition rapporte que le Prophète rompait son jeûne avec des dattes fraîches (rutab), ou à défaut avec des dattes sèches (tamr), ou encore avec de l'eau si aucune datte n'était disponible.

Ce hadith est rapporté par Anas ibn Malik et considéré comme authentique (sahih). Il est conservé dans les recueils d'Abu Dawud et de Tirmidhi : « Le Prophète (paix sur lui) rompait le jeûne avant de prier avec des dattes fraîches, et si elles n'étaient pas disponibles, avec des dattes sèches, et si cela n'était pas disponible non plus, avec quelques gorgées d'eau. »

Ce n'est pas une prescription arbitraire. Les dattes sont riches en sucres naturels (glucose, fructose) qui permettent une remontée glycémique rapide et douce après une journée de jeûne. Le corps, en état de légère hypoglycémie à la fin du jeûne, absorbe ces sucres très efficacement. L'eau réhydrate immédiatement les cellules. Ce protocole, établi il y a quatorze siècles, correspond aujourd'hui à ce que conseille la nutrition moderne pour éviter les hypoglycémies réactionnelles après un jeûne prolongé.

Le protocole complet de l'Iftar

La rupture du jeûne obéit à une séquence que la tradition islamique recommande de respecter dans l'ordre suivant :

1. Rompre immédiatement dès le coucher du soleil. Le Prophète encourageait à ne pas retarder inutilement le début du repas une fois l'heure venue. Attendre sans raison constituerait même un acte déconseillé selon certains savants. La discipline du jeûne ne consiste pas à prolonger l'abstinence au-delà de ce qui est prescrit.

2. Manger une datte impaire. La Sunna recommande de manger un nombre impair de dattes : une, trois ou cinq. Cette pratique est liée à la valorisation du chiffre impair (witr) dans la tradition islamique.

3. Prononcer la dua avant ou pendant la première bouchée. La dua peut être dite au moment précis où l'on s'apprête à manger ou lorsqu'on porte la première datte à la bouche. Elle est une reconnaissance immédiate, pas une formalité récitée à la hâte à la fin du repas.

4. Effectuer la prière du Maghreb. Selon la majorité des écoles juridiques, il est recommandé de prier Maghrib avant de s'installer pour le repas complet, si cela ne provoque pas une grande difficulté. Toutefois, si la personne a une faim intense, il est permis de manger un peu d'abord pour ne pas prier avec une concentration perturbée par la faim.

5. Le repas de l'Iftar. Il s'agit idéalement d'un repas équilibré et modéré. Manger excessivement à l'Iftar va à l'encontre de l'esprit du jeûne, qui vise à maîtriser les appétits et à purifier l'âme.

Tableau comparatif : les différentes versions de la dua selon les sources

VersionSource principaleStatut selon les savantsUsage recommandé
Allahumma laka sumtu wa bika aamantu wa 'ala rizqika aftartuAbu Dawud n°2358 (Ibn Omar)Hasan selon la majoritéAvant la première bouchée
Avec ajout « wa dhahaba al-zama'u... »Abu Dawud n°2357 (Ibn Omar)Hasan li-ghayrih (discuté)Après avoir mangé ou bu
Dhahaba al-zama'u uniquement (sans la première partie)Abu Dawud (version courte)Hasan (Al-Albani)Après rupture (eau)
Bismillah uniquementSunnah générale des repasSahihA chaque repas, y compris Iftar

Différences entre les écoles de jurisprudence islamique

Les quatre grandes écoles de jurisprudence sunnite (madhabs) partagent l'essentiel du protocole de l'Iftar, mais quelques nuances existent sur certains points.

L'école hanafite

L'école hanafite, majoritaire en Turquie, en Asie centrale et en Asie du Sud, recommande de rompre le jeûne dès que le disque solaire disparaît complètement à l'horizon. Elle insiste sur la formule complète de la dua et recommande particulièrement de la prononcer à voix basse.

L'école malékite

L'école malékite, très présente en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, recommande également la dua mais accorde une importance particulière à la lecture collective, souvent en famille. La dimension communautaire de l'Iftar est très valorisée dans cette tradition.

L'école shaféite

L'école shaféite, dominante en Asie du Sud-Est, en Egypte et dans certaines régions du Moyen-Orient, tend à privilegier la version courte de la dua (« Dhahaba al-zama'u... ») comme la plus solide sur le plan de l'authentification. Elle recommande également de prononcer « Bismillah » lors de chaque première bouchée ou gorgée.

L'école hanbalite

L'école hanbalite, très présente dans la péninsule arabique, adopte une position proche de la shaféite sur le statut des hadiths, mais insiste davantage sur la dimension individuelle et silencieuse de la supplication. La dua de l'Iftar y est perçue comme un acte intime entre le croyant et Dieu, pas une récitation collective.

Bon à savoir
Les divergences entre écoles sont toutes dans le domaine du détail et du préférable, pas du permis et de l'interdit. Aucune école ne rend obligatoire une formule précise pour la rupture du jeûne, et aucune ne la juge déconseillée. La dua est dans tous les cas un acte recommandé.

La dimension collective et familiale de l'Iftar

L'Iftar n'est pas qu'un acte individuel. C'est l'un des moments les plus attendus de l'année dans les familles musulmanes, et il prend souvent une dimension sociale forte. Dans de nombreux pays, des tables de l'Iftar sont dressées dans les mosquées, les places publiques ou les restaurants pour que personne ne rompe le jeûne seul.

La tradition rapporte que le Prophète (paix sur lui) a dit : « Celui qui offre la rupture du jeûne à un jeûneur reçoit une récompense équivalente à celle du jeûneur, sans que la récompense de ce dernier ne soit diminuée en rien. » (Hadith rapporté par Tirmidhi, considéré comme authentique). Cette parole explique la générosité particulière qui caractérise les tables d'Iftar dans les cultures à tradition islamique.

La dua de l'Iftar, dans ce contexte, est souvent prononcée ensemble, en famille ou en communauté. Elle devient alors un moment de synchronisation spirituelle collective, un bref instant où chacun pose son attention sur la même intention : reconnaître que ce qui se reçoit vient de Dieu, et que le jeûne accompli était pour Lui.

Attention
Si vous cherchez cette dua pour un usage non-musulman ou pédagogique, notez que la translittération française peut varier selon les sources (notamment l'orthographe de certains sons arabes sans équivalent exact en français). L'arabe original reste la référence absolue pour une récitation correcte.

La supplication après l'Iftar : continuer à prier

Au-delà de la dua initiale, la tradition encourage à faire des supplications personnelles tout au long de la rupture du jeûne. Un hadith souvent cité précise que le jeûneur, au moment de rompre son jeûne, dispose d'une des fenêtres d'exaucement les plus favorables. Le Prophète a dit selon ce hadith : « Trois supplications ne sont pas rejetées : celle du jeûneur au moment de rompre son jeûne, celle du dirigeant juste, et celle de l'opprimé. » (Rapporté par Tirmidhi et Ibn Majah).

Ce moment est donc considéré comme particulièrement propice pour formuler des demandes personnelles, prier pour sa famille, pour les malades, pour la paix. Le protocole de l'Iftar n'est pas une liste de cases à cocher, mais une invitation à entrer dans une qualité de présence particulière. La dua codifiée en est le point de départ, et la conversation avec Dieu peut ensuite se poursuivre librement.