La verrue, un réel problème pour l'esthétique et la santé
La verrue est l'une des affections cutanées les plus répandues au monde. Elle touche entre 7 et 12 % de la population générale, avec un pic de fréquence chez les enfants et les adolescents. Bénigne dans la grande majorité des cas, elle est causée par le Papillomavirus humain (HPV), dont il existe plus de 200 souches identifiées. Selon le sérotype du virus et la zone touchée, la verrue prend des formes très différentes.
La plus populaire : la verrue plantaire
Comme son nom l'indique, la verrue plantaire se développe sous les pieds. Rugueuse au toucher, elle prend généralement une couleur grisâtre ou jaunâtre, parfois tachetée de points noirs (les petits capillaires bouchés qui l'alimentent en sang). La pression exercée lors de la marche peut être douloureuse, surtout pour les verrues situées sous la zone d'appui.
On distingue deux sous-types :
- La myrmécie : verrue unique, profonde, douloureuse à la pression. Elle pénètre dans la peau comme un clou, d'où son nom (fourmi en latin).
- Les verrues en mosaïque : regroupement de plusieurs petites verrues superficielles, moins douloureuses mais plus étendues et difficiles à traiter.
La verrue plantaire est particulièrement contagieuse dans les environnements humides. Piscines, douches communes, vestiaires sportifs sont des zones à risque élevé. Porter des tongs dans ces espaces réduit significativement le risque de contamination.
La plus fréquente : la verrue vulgaire
C'est la forme de verrue la plus courante. Elle peut affecter les adultes comme les adolescents et même les jeunes enfants. Rugueuse, circulaire, de couleur blanchâtre à grisâtre, elle apparaît le plus souvent sur le dos de la main, les doigts et le tour des ongles (verrues péri ou sous-unguéales). Elle peut aussi apparaître sur les bras, les genoux ou le visage.
La verrue vulgaire ne provoque généralement pas de douleur. Sa seule gêne est esthétique, sauf lorsqu'elle se développe sous l'ongle : dans ce cas, la croissance de la verrue peut soulever l'ongle et devenir douloureuse. Une consultation dermatologique est alors recommandée.
Les plus discrètes : les verrues planes
Les verrues planes (ou planes juvéniles) sont petites, lisses et peu saillantes. Leur couleur légèrement rosée ou beige les rend quasi invisibles sur certaines peaux. Elles apparaissent surtout sur le visage (front, joues), les avant-bras et les jambes. Leur caractéristique principale est de se présenter en grand nombre : il n'est pas rare d'en compter plusieurs dizaines sur une même zone. La dissémination se fait facilement par le grattage ou le rasage.
Les plus sérieuses : les verrues génitales (condylomes)
Les verrues génitales, appelées condylomes acuminés, sont causées par des souches HPV spécifiques (principalement HPV 6 et HPV 11), différentes de celles responsables des verrues cutanées classiques. C'est une infection sexuellement transmissible (IST). Elles se présentent sous forme de petites excroissances molles, rosées ou brunâtres, isolées ou en groupe ("en chou-fleur").
Traitement des verrues : les options disponibles
| Traitement | Type de verrue | Efficacité | Disponible sans ordonnance ? |
|---|---|---|---|
| Acide salicylique (gel, pansement) | Plantaire, vulgaire | Bonne (usage régulier) | Oui |
| Cryothérapie à l'azote liquide | Tous types | Très bonne | Non (cabinet médical) |
| Cryothérapie en spray (sprays OTC) | Vulgaire, petites tailles | Modérée | Oui (pharmacie) |
| Laser CO2 | Récalcitrantes, condylomes | Très bonne | Non (dermatologue) |
| Imiquimod (crème) | Condylomes génitaux | Bonne | Non (ordonnance) |
| Curetage chirurgical | Verrues isolées résistantes | Bonne | Non (chirurgien ou dermatologue) |
| Résolution spontanée | Tous types chez l'enfant | Variable (50% à 2 ans) | Patience requise |
L'acide salicylique : le traitement de première intention
L'acide salicylique est le traitement de référence en automédication. Disponible en pharmacie sous forme de gel, de crayon ou de pansement, il agit en dissolvant progressivement les couches cornées de la verrue. Le protocole typique : poncer légèrement la verrue avec une lime en carton, appliquer le produit, recouvrir d'un pansement, répéter chaque jour pendant 4 à 12 semaines. La régularité est la clé : les abandons prématurés sont la principale cause d'échec.
La cryothérapie : froide mais efficace
La cryothérapie à l'azote liquide (-196°C) pratiquée par un dermatologue ou un médecin généraliste est l'un des traitements les plus efficaces. Le froid extrême détruit les cellules infectées. Plusieurs séances espacées de 2 à 4 semaines sont souvent nécessaires. Elles peuvent être douloureuses et laisser une cloque qui se dessèche en quelques jours. Les sprays de cryothérapie vendus en pharmacie (Wartner, Cryopharma) utilisent du diméthyléther propane plutôt que de l'azote liquide : ils sont moins froids (-57°C environ) et moins efficaces, mais accessibles sans ordonnance.
Peut-on prévenir les verrues ?
La prévention repose sur quelques règles simples :
- Porter des tongs dans les piscines, saunas et douches collectives.
- Ne pas partager serviettes, chaussettes ou chaussures avec une personne qui a des verrues.
- Éviter de toucher ou de gratter les verrues existantes (risque d'auto-contamination).
- Se laver les mains après contact avec des verrues.
- Couvrir les verrues avec un pansement lors des activités sportives de contact.
- Se faire vacciner contre le HPV (pour les verrues génitales) avant les premiers rapports sexuels.
Quand consulter un dermatologue ?
Un avis médical est recommandé dans les cas suivants :
- Verrue qui grossit rapidement ou change d'aspect (douleur, saignement, modification de couleur).
- Verrue sur le visage, les organes génitaux ou les zones périunguéales.
- Absence de réponse à un traitement en automédication bien conduit pendant 3 mois.
- Verrues multiples chez une personne immunodéprimée (diabète, traitement immunosuppresseur, VIH).
- Doute sur la nature de la lésion (une verrue peut parfois ressembler à une kératose séborrhéique, un fibrome ou, plus rarement, à une lésion cancéreuse).
La verrue est une affection bénigne mais tenace. Sa prise en charge demande de la patience et de la régularité, quelle que soit la méthode choisie. En cas d'échec des traitements en pharmacie, le dermatologue dispose d'outils plus puissants pour en venir à bout.