Qu'est-ce qu'un switch en informatique ?
Le switch est l'un des équipements réseau les plus répandus, présent dans les entreprises, les écoles, les administrations et de plus en plus dans les foyers connectés. Pourtant, sa définition est souvent confondue avec celle du routeur ou du hub. Ces trois appareils ne font pas du tout la même chose, et choisir le mauvais peut dégrader considérablement les performances d'un réseau.
Définition : à quoi sert un switch ?
Un switch (ou commutateur réseau en français) est un équipement qui permet de connecter plusieurs appareils entre eux dans un réseau local (LAN, Local Area Network). Il reçoit des données envoyées par un appareil, identifie à qui elles sont destinées, et les envoie uniquement au bon destinataire, sans inonder tous les autres ports.
Concrètement : imaginez 8 ordinateurs branchés sur un switch. Quand l'ordinateur A envoie un fichier à l'ordinateur C, seul l'ordinateur C reçoit les données. Les ordinateurs B, D, E, F, G et H ne voient rien passer. C'est ce qu'on appelle la commutation : le switch commute (oriente) le trafic vers le bon port.
Cette capacité de ciblage repose sur les adresses MAC, des identifiants uniques gravés dans chaque carte réseau. Le switch maintient une table d'adresses MAC (ou table CAM) qui associe chaque adresse à un port physique. Dès qu'un paquet arrive, il consulte cette table pour savoir vers quel port le retransmettre.
L'adresse MAC (Media Access Control) est un identifiant à 48 bits (12 caractères hexadécimaux comme 00:1A:2B:3C:4D:5E) attribué en usine à chaque carte réseau. Contrairement à l'adresse IP, elle ne change pas selon le réseau où vous vous connectez. C'est l'adresse MAC que le switch utilise pour savoir quel appareil est branché sur quel port.
Switch, hub et routeur : les vraies différences
Ces trois appareils sont souvent mélangés, y compris dans les descriptions de produits. Voici ce qui les distingue fondamentalement.
| Critère | Hub | Switch | Routeur |
|---|---|---|---|
| Rôle principal | Répéteur de signal | Commutateur de trames | Routage entre réseaux |
| Couche OSI | Couche 1 (physique) | Couche 2 (liaison) | Couche 3 (réseau) |
| Adresse utilisée | Aucune (diffusion) | Adresse MAC | Adresse IP |
| Envoi des données | Tous les ports (broadcast) | Port ciblé uniquement | Entre deux réseaux distincts |
| Collisions réseau | Fréquentes | Éliminées | Gérées |
| Performance | Faible dès 3+ appareils | Excellente | Bonne (autre usage) |
| Connexion à Internet | Non | Non (seul) | Oui |
| Prix indicatif | 5-20 € (obsolète) | 15-300 € | 50-300 € |
Le hub est aujourd'hui complètement obsolète. Il envoie chaque paquet reçu à tous les appareils connectés sans exception, créant des collisions et des ralentissements massifs dès que plusieurs appareils communiquent simultanément. On n'en trouve plus dans le commerce, mais il est bon de comprendre pourquoi le switch l'a remplacé.
Le routeur, lui, a un rôle différent : il gère la communication entre deux réseaux distincts, typiquement entre votre réseau local (LAN) et Internet (WAN). Votre box Internet est un routeur (souvent combiné avec un switch et un point d'accès Wi-Fi). Le switch gère le réseau local, le routeur gère la frontière entre ce réseau local et le monde extérieur.
Comment fonctionne la table MAC d'un switch
Quand un switch est mis en route pour la première fois, sa table MAC est vide. Il ne sait pas encore quels appareils sont branchés sur quels ports. Voici ce qui se passe lors des premières communications :
- L'ordinateur A envoie un paquet à destination de l'ordinateur C. Le switch voit ce paquet arriver sur le port 1 et note "l'adresse MAC de A est sur le port 1" dans sa table.
- Comme il ne sait pas encore où est C, il envoie le paquet sur tous les ports (flooding), comme un hub le ferait momentanément.
- L'ordinateur C reçoit le paquet et répond. Le switch voit la réponse arriver sur le port 3 et note "l'adresse MAC de C est sur le port 3".
- Lors du prochain échange entre A et C, le switch connaît les deux ports : il envoie directement sans flooding.
La table MAC se construit ainsi en quelques secondes à partir des premières communications. Elle est rafraîchie en permanence et les entrées expirées (appareils déconnectés) sont supprimées après un certain délai (généralement 5 minutes).
Les types de switch : quel modèle pour quel usage ?
Switch non-administrable (unmanaged)
C'est le switch le plus simple. Branchez-le, il fonctionne immédiatement sans aucune configuration. Idéal pour un usage domestique ou un petit bureau : connecter des ordinateurs, une imprimante, un NAS. Prix : 15 à 60 euros pour des modèles de 5 à 16 ports. Marques fiables : TP-Link (gamme TL-SG), Netgear (gamme GS), D-Link.
Switch administrable (managed)
Un switch administrable offre une interface de gestion (web, SSH ou SNMP) permettant de configurer finement le comportement du switch. On peut y créer des VLAN, prioriser certains types de trafic (QoS), surveiller le débit par port, activer des sécurités réseau, limiter les accès. Indispensable en entreprise, dans les datacenters ou dans les réseaux complexes. Prix : 100 à plusieurs milliers d'euros selon le nombre de ports et les fonctionnalités.
Switch PoE (Power over Ethernet)
Un switch PoE (Power over Ethernet) alimente en courant électrique les appareils qui y sont branchés via le câble Ethernet, sans besoin d'alimentation séparée. Idéal pour alimenter des caméras IP, des points d'accès Wi-Fi professionnels, des téléphones IP ou des capteurs IoT sans avoir à tirer un câble électrique jusqu'à chaque appareil. Un switch PoE de 8 ports est devenu incontournable dans les petites entreprises modernes. Le standard PoE fournit jusqu'à 15,4 W par port, le PoE+ jusqu'à 30 W, et le PoE++ jusqu'à 90 W.
Switch avec ports SFP
Les ports SFP (Small Form-factor Pluggable) accueillent des modules enfichables pour la fibre optique. Ils permettent de relier des switches distants de plusieurs dizaines ou centaines de mètres via de la fibre, là où le câble Ethernet cuivré est limité à 100 mètres. Utile dans les grandes entreprises, les bâtiments multi-étages ou les campus où les runs sont trop longs pour le cuivre.
Les VLAN (Virtual Local Area Networks) sont une fonctionnalité des switches administrables qui permettent de créer plusieurs réseaux logiquement séparés sur la même infrastructure physique. Par exemple, on peut créer un VLAN pour les postes des employés, un autre pour les caméras de surveillance et un troisième pour le Wi-Fi invité, avec des règles de communication différentes entre chaque groupe.
Le switch chez soi : quand en a-t-on besoin ?
La plupart des box Internet intègrent déjà un switch de 4 ports en façade. Dans un appartement ou une petite maison, c'est souvent suffisant. Mais plusieurs situations justifient l'ajout d'un switch externe :
- Plus de 4 appareils filaires : si vous avez un PC de bureau, un NAS, une console, un décodeur TV et une imprimante, les 4 ports de la box sont vite saturés. Un switch de 8 ports à 20 euros résout le problème instantanément.
- Extension dans une autre pièce : vous tirez un câble Ethernet jusqu'à votre bureau ou votre salon, et vous y branchez un switch pour avoir plusieurs prises réseau localement.
- Réseau domestique avancé : NAS partagé, homelab, serveur local, émulation réseau : dès que le réseau local devient sérieux, un switch dédié apporte de la flexibilité.
- Qualité de connexion supérieure : le câble Ethernet filaire via un switch est bien plus stable et prévisible que le Wi-Fi pour les jeux en réseau, le streaming ou les transferts de fichiers volumineux.
Critères de choix d'un switch
Le nombre de ports : comptez le nombre d'appareils filaires et ajoutez 20 % de marge. Un switch de 8 ports vous laisse de la place si vous ajoutez des appareils plus tard. Attention : un des ports sert souvent à relier le switch à la box, il faut donc compter n+1.
La vitesse : aujourd'hui, les switches Gigabit (1000 Mb/s par port) sont la norme. Évitez les vieux switches Fast Ethernet (100 Mb/s) qui deviennent des goulots d'étranglement pour les transferts locaux. Les switches 2,5G ou 10G existent mais sont encore nettement plus chers et ne se justifient que dans des configurations homelab ou professionnelles intensives.
Administrable ou non : pour la maison et les petits bureaux, un switch non-administrable convient parfaitement. Inutile de payer pour des fonctions que vous n'utiliserez pas.
Le PoE : si vous avez ou envisagez des caméras IP, un point d'accès Wi-Fi de bonne gamme ou des téléphones IP, prenez directement un switch PoE. Cela vous évite de multiplier les alimentations.
La qualité de fabrication : pour un switch qui reste allumé en permanence, privilégiez un boîtier métallique (meilleure dissipation thermique) et des marques reconnues (Cisco, Netgear, TP-Link, HPE Aruba pour le pro). Les clones no-name de marketplace sont à éviter pour un usage professionnel.
Un switch n'est pas un routeur et ne peut pas à lui seul vous connecter à Internet. Si vous ne disposez que d'un switch et d'un modem simple (sans routeur intégré), vous aurez besoin d'ajouter un routeur entre les deux pour que vos appareils puissent communiquer avec l'extérieur. La box Internet standard fait déjà office de routeur+switch+Wi-Fi.
Prix indicatifs du marché en 2026
- Switch non-administrable 5 ports Gigabit : 15 à 25 euros (TP-Link TL-SG105, Netgear GS305)
- Switch non-administrable 8 ports Gigabit : 20 à 40 euros
- Switch non-administrable 16 ports Gigabit : 40 à 80 euros
- Switch PoE 8 ports Gigabit : 60 à 120 euros
- Switch administrable 8 ports Gigabit : 80 à 200 euros
- Switch administrable 24 ports Gigabit (entreprise) : 200 à 600 euros
- Switch 10G SFP+ (usage avancé) : 150 euros et plus
Le switch est un équipement discret qui ne fait pas parler de lui, mais qui est au coeur de tout réseau local fonctionnel. Bien choisir son switch, c'est s'assurer que la communication entre tous vos appareils se fait de façon fiable, rapide et sans congestion, que vous soyez dans un appartement avec 5 appareils ou dans une PME avec 200 postes.